Nous avons rencontré
Pableto Henry aka Pablo Moses, accompagné du
Revolutionnary
Dream Band,
lors de son passage à Montpellier.
L’injustice, l’inégalité,
la guerre, l’oppression, la corruption, le pillage de la nature…
sont autant de maux que dénonce Pablo par son lyrisme et
ses mélodies.
Né à
Plowden (1953), village rurale de Jamaique, il forme plusieurs groupes
dès le lycée avant d’aller tenter sa chance à
Kingston tout en continuant ses études. Par la suite il monte
un nouveau groupe, avec Chum Don Prendes, les Canaries et
tente sa chance dans des tremplins musicaux.
Pablo Moses : "(…) J’ai
commencé à former un groupe au lycée, mais déjà
avant cela j’ai toujours aimé chanter.
Mon premier enregistrement a été fait à cette époque,
pendant les années de lycée, je continuais toujours la
musique mais c’était comme secondaire, tu sais, je faisais
de la compta, de la gestion, du commerce etc. Après ça
j’ai arrêté de suivre ces cours et j’en suis
venu à la musique."
A 22 ans, il a en effet
l’opportunité d’enregistrer son premier single, qui
sera un hit en Jamaique comme en Angleterre :
"J’ai
fait mon premier enregistrement en 1975, c’était “I
Man A Grasshopper” . Plus tard en 1976-77, on a sorti
l’album Revolutionary Dream. Ce premier
single a été enregistré au studio Black Ark par
Lee Perry, produite par Geoffrey
Chung."
Geoffey Chung, grand musicien,
producteur, ingénieur… qui le suivra pendant longtemps jusqu'à
son décès
"Il
était très bon, malheureusement il est retourné
d'où il venait. On a fait trois albums ensemble : “
Revolutionary Dream” , “ A song”
et “Pave the Way”.
Pour revolutionary Dream, ce qu’il s’est passé, c’est
que Geoffrey Chung était le producteur et il a loué le
studio de Lee Perry. Alors on est allé à Black Ark pour
enregistrer, et Lee Perry a gardé sa place d'’ingénieur
du son. Je connaissais Lee Perry avant ça, mais j’allais
juste le voir à son studio et je lui donnais un coup de main,
mais c’était la première fois qu’on a réalisé
un enregistrement ensemble."
Il sort ensuite un autre single We Should Be In Angola qui ne
sera jamais réédité…
"On n'a pas réédité
le single mais ce qu’on fait c’est qu’on l’a mis
sur l’album et on a réédité l’album.
Il y a quatre singles qui ont été mis sur l’album
:“ I man a Grasshopper” , “We should be in
Angola”, “Blood Money” et “Give I
fe a name” . Ils ont tous été numéro deux
ou trois dans les charts, ils n’ont jamais été numéro
un mais ça va."
Et le dub de ce single ?
"Jamgola
! le label sur lequel il est sorti était JamRock, le label
de Jig Saw, par la compagnie SoundTracs
Records."
Un single devenu rare,
difficile à trouver aujourd’hui tout comme la version dub
de Blood Money
"Oui
ces singles sont très rares. Comme je l’ai dit, je n’ai
pas jamais réédité de 45 Tr. Nous les avons mis
sur les Lps. Parce qu'aujourd'hui il n’y a plus beaucoup de gens
qui achètent des singles et le marché de l’album
est plus important, alors….
Mais plus tard, peut être que je rééditerai quelques
disques, comme le single Dub is a Most, ainsi que We should
Be in Angola, Give I fe a name et Proverb Extractions. Je
pense à les rééditer mais pour le moment je ressors
tous les albums sur vinyles, sur CDs et alors après ça
je sortirai les singles."
(Discographie sélective)
Donc en 1977,acompagné des musiciens : Robert Lyn, Karl Peterson,
Mikey "Boo" Richards, Mikey Chung, Don Prendes, Tommy McCook,
Geoffrey Chung, Bongo Herman, Clive "Azul" Hunt , Leroy "Horsemouth"
Wallace, Pablo sort son premier album, Revolutionnary Dream,
qui exprime sa vision engagée du sort de l’homme noir en
général et de la Jamaïque en particulier.
Il est l’un
des albums reggae qui a été le plus de fois réédité,
par de nombreux labels (avec des pochettes différentes) ; pourquoi
l'avoir réédité tant de fois ?
"Et bien, parce
que les gens en avait besoin; c’est pourquoi j’ai continué.
Je l’ai réédité avec Sanachie,
avec United Artists et Captain
Records, et après ça par
MusicDisc en France, et aujourd'hui par Klick
et Sony.
Donc tu sais y a pas de soucis. Tant que je peux, je réédite
toutes mes vieilles productions à présent, tous les vieux
sons; j’ai réédité In
the Future + Dub, Pave the Way Dub
(Tabou1) et maintenant We Refuse, Live
To Love, Tension et un Dubmix de
l’un de tous ces albums. Et en ce moment en Jamaïque, je les
ressors également tous sur vinyle. Je presse tout en vinyle,
A song, Revolutionnary Dream . On les met sur vinyle parce qu’il
y a un marché spécial pour ça, qui est différent
du marché du CD. Je ne les vends qu’en dehors de Jam."
Après le succès
de Revolutionary Dream, Pablo a suivi pendant deux ans des cours à
l'Ecole Jamaïcaine de Musique avant de sortir son deuxième
album A Song (1980) dans lequel il met en pratique ses connaissances
acquises dans l’arrangement. Produit par Geoffrey Chung,
et enregistré avec quelques uns des meilleurs musiciens de l’île,
il sera remixé à Londres.
Avant cela il enregistre un titre, One People, sur un album de
Junior Byles (Junior Byles & Friends :129 Beat Street Ja-Man
Special 75-78) “One people, One spirit, One flesh” : “ Un peuple,
un esprit, une même chair”
Chanteur au style particulier,
Pablo Moses conserve cette voix douce et posée qui contraste
avec la gravité des thèmes qui lui inspirent ses textes
et ses mélodies.
"Mes
influences viennent de choses et de gens variés, elles viennent
de Jah et bien sûr d’autres
musiciens, d’autres chanteurs, des chanteurs de Rythm & Blues,
des chanteurs de Reggae, des chanteurs de Blues, des gens comme Ray
Charles dont j’écoute souvent les chansons, Bob
Marley, Toots & The Maytals,
du Ska ; elles viennent aussi de gens comme Jackie
Opel …"
Des artistes aux côtés de qui il a vécu, travaillé…
"Ouais,
je connais Toots, Toots est un bon ami, Bob Marley était aussi
un ami, mais on était pas proches, Peter Tosh était un
bon, bon ami, Bunny Wailer aussi est un bon ami ;
on faisait tous du football tu sais, à House of Dread,
Junior Town… On se connaît tous depuis longtemps (...) La
plupart des artistes je les connais. Max Romeo, Culture, Joseph Hill,
Winston Rodney, Wailing Souls, Black Uhuru, Duckie de Black Uhuru est
un très bon ami.
Joseph Hill, on a fait un album ensemble, on a chacun fait un petit
titre et une compilation que Mutabaruka a produit pour Sanachie Records
." (
Gathering of the Spirits by Mutabaruka & Roots All-Stars, Sanachie
1998)
Beaucoup de musiciens de chanteurs à l’époque se
sont tournés vers Rasta, attirés d’abord par le reggae,
comment ça s'est passé pour toi ?
"Oui, je pense que c’est juste…non , je me suis toujours
informé moi même ! J’étais exposé à
beaucoup d’influences Rasta . J’ai l’habitude d’aller
à House of Dread, à Back
O’ Wall, je descends souvent aussi à Franklin
Town, Don Kirk ou il y a beaucoup
de Elders Rasta.
J’avais l’habitude d’avoir des conversations avec eux,
de leur poser des questions. A partir de cette période, vers
l’âge de 20 ans, j’ai commencé à voir
Rasta, j’ai commencé à acquérir la connaissance,
à avoir les connections entre I et Rasta."
« Que pense-tu alors
des Rastas de la nouvelle génération ? »
"Et
Bien, je pense que dans la nouvelle génération Rasta,
il y a une continuité une extension de ce qu’a été
le mouvement avant .
J’aime les jeunes comme Capleton et
quelques autres Rastas qui reviennent à certaines choses. Je
n’aime pas trop ceux qui reviennent à ce discours “paix,
paix”, parce qu’il ne peut pas y avoir de paix sans qu’il
y ait justice et égalité des droits. Et donc je pense
qu’on doit réfléchir à ce que “Paix”
signifie vraiment. La paix c’est aussi quand tu meurs, que tu es
six pieds sous terre, et là alors on te laisse en paix .
Mais si tu fait en sorte qu’il y ait l’égalité
des droits et la justice partout equal rights and justice, alors
tu auras la paix dans le monde. Et malheureusement je ne pense pas qu’il
y ait assez de justice et d’égalité dans le monde.
Pas uniquement pour les noirs, pour les arabes, les musulmans, pour
les blancs, certains blancs , les Indiens, etc. ; c’est terrible
tu sais.
La conscience commune du Nord, a un meilleur terrain de jeux que celle
du Sud. Je pense que ce qu’il y a avec la globalisation…,
je ne pense pas vraiment quoi que ce soit de mal de la globalisation
tant qu’ils en font un terrain de jeux équitable pour tous
; c’est ce à quoi Rasta est attaché.
Egalité des droits et justice pour tous !
Peu importe que tu sois noir, blanc, chinois ou indien, nous devrions
tous avoir les mêmes droits, que tu sois un bébé,
un big man ou une big woman …, c’est “égalité
des droits et justice”.
Pablo
Moses / Juman pour jahmusik.net
Revolutionnary
Dream Band Guitares : Stephen
Wright; Claviers : Carl Gentles/ Simeon Clarke; Basse: Caswell Swaby; Batterie
: Barry Prince